Séoul est vraiment différente du reste du pays. Pas comme Paris peut l’être de la province. Ce sont les attitudes et les paysages qui changent. Séoul est avant tout organisée, standardisée. Dans les restaurants on trouve les mêmes verres en métal, les mêmes baguettes, les mêmes menus. Tout le monde porte le même style de vêtement (malgré le fait que les coréens sont les fashion people de l’Asie). Pour monter dans le bus, prendre le métro ou attendre au bureau d’information les gens se rangent en file indienne docilement et gare à l’étranger non averti. Elle est l’image d’un pays qui a grandi trop vite et qui a du pour cela adopter des normes. Les gratte-ciels omniprésents poussent comme des champignons quand le besoin leur en prend. Pourtant subsistent des zones d’un ailleurs : des vendeurs de rue qui vous proposent toute sorte de nourriture, des marchés de bric-à-brac, des palais de l’ancien temps, des restaurants dans lesquels on s’assoit par terre. La province c’est tout cet ailleurs qui explose. Des batailles pour avoir les derniers tickets de bateau, des enfants qui mâchonnent du poulpe séché, une île sans gratte-ciel, des pêcheurs qui vous agressent – surtout quand ils ont trop bu. Et aucun moyen d’avoir une information fiable. La vie est au jour le jour, on ne peut pas vous prévoir ce qui se passera demain. Une Afrique coréenne comparée à la capitale étasunienne.
La province est habitée d’une présence grise. Comme si elle n’avait pas su se reconstruire proprement. La population a repris la vie erratique, ajoutant un bâtiment là où c’était utile. Mais dans le processus ils ont oublié l’homogénéité. C’est comme un peuple qui n’aurait pas retrouvé son identité. Séoul a, elle, choisi de changer de visage. Elle est loin de l’héritage confucéen de la Corée mais elle réussit à faire quelque chose de son tissu culturel si varié. La province est à l’abandon, régit soit par l’industrie vampirisante du coin soit par une tranquillité passive.
C’est du moins l’impression qu’on en a de l’extérieur. Je suppose que l’essence de la vie provinciale est plus difficile à saisir que celle d’une grande ville à l’occidentale au mode de vie usuel. Dans l’arrière pays il faut prendre son temps, se saisir des ambiances, planer dans la nature, s’amuser des comportements excentriques. Je crois que c’est là que réside la poésie provinciale. Ne cherchez pas des paysages époustouflants, de la culture à qui mieux mieux. Ici ce sont des montagnes sans prétention, des temples gorgés de la foule touristique, des ports industriels et au détour d’une ville champignon le sourire coréen qui simplifie l’existence.
C’est difficile dans un pays dont la valeur réside dans le capital humain de ne pas parler la langue. C’est comme passer à côté de la plus grande richesse de la région. J’en ai évidemment des aperçus, j’en saisis des clins d’œil mais qu’est-ce qui doit se cacher derrière alors ! En tout cas les coréens n’ont pas volé leur surnom de méditerranéens de l’Asie. J’en comprends un peu mieux la signification chaque jour.
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2 commentaires:
Je trouve avec plaisir ta longue réflexion philosophico-sociologique ...On n'est pas la fille de son père pour rien !
Ce sera intéressant de comparer ton texte à ce que tu pourras écrire à la fin de ton séjour !
La Mémé
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