Depuis le premier jour du semestre j’avais constaté qu’il y avait toujours des tonnes de gens dans les salles de travail de la bibliothèque. Mais qu’est-ce qu’ils trafiquaient là le premier jour du semestre ? Je me suis bien vite aperçu qu’en fait ils n’y travaillent pas vraiment. Y’en a toujours un qui écrit un texto, l’autre qui joue sur son ordinateur portable, un troisième a sorti un roman de derrière les fagots. L’inefficacité maximum ! Un coréen suédois a fini par illuminer ce mystère. En fait c’est pour être « bien vu » que les coréens passent des heures à faire semblant de travailler. Ca peut même aller jusqu’à ne pas pouvoir considérer quelqu’un comme ami parce qu’il ne travaille pas (ou qu’il ne fait pas assez semblant de travailler). Je ne sais pas si c’est un phénomène généralisé dans tout la Corée mais c’est en tout cas la loi de la SNU. Et moi aussi j’ai fini par tomber dans le panneau…
Hé oui ! Aussi surprenant que ça puisse paraître il a bien fallu que je m’y mette moi aussi à travailler. Pas dès le premier jour bien entendu mais deux devoirs à rendre et des examens de mi-semestre ont suffit à tirer ma sonnette d’alarme. Alors je commence à plancher sur ce DM à rendre pour mercredi. On est lundi…c’est pas glorieux ça fait deux semaines qu’il nous l’a donné. Premier problème, deuxième problème, troisième problème. Zut je suis bloquée. Et là j’ai une grosse prise de conscience : à qui est-ce que je demande de l’aide ? C’est un cours où je suis la seule non-coréenne donc pas de solidarité étrangère qui tienne. J’ai bien le numéro d’un gars mais je l’ai jamais appelé…Tant pis, je suis plus à ça prêt je lui envoie un texto d’appel au secours. Ce sauveur espéré c’est Kiho, un cancre pseudo-caïde qui se fait aimé des foules. Il m’a pris sous son aile le premier jour et depuis me donne des coups de coudes quand je m’endors en cours. Il a servi dans l’armée américaine et en a gardé un anglais époustouflant (les coréens mâles doivent faire deux ans de service militaire après le lycée).
Je m’endors, je me réveille. On est mardi et bientôt mardi soir et j’ai toujours pas de nouvelles de Kiho. Le coup du « je te contacte jamais sauf pour les devoirs à rendre » a du jeter un froid…Il doit me prendre pour une fille mal organisée de m’y prendre deux jours avant la deadline…Mais finalement à 22h30 : « je suis à la bibli avec mes potes, on planche sur le homework pour demain, rejoins-nous si tu veux ». Et moi qui culpabilisais de ne pas m’y être pris à l’avance !
C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de la bibliothèque, à 11h 30 un mardi soir, pas dégorgée pour un sou. Ils me font une petite place, on s’échange les résultats et c’est parti pour une folle soirée de boulot. Eux ils ont l’air de trouver ça normal, j’en viens à me demander s’ils campent dans la bibliothèque toutes les nuits. Alors que je me lance dans la suite et j’espère bientôt fin de mon DM. Kiho me lance un petit « Fighting ! » : l’exclamation coréenne pour se donner du courage, je me crois en plein drama. Sur le coup d’une heure du matin ils m’emmènent à l’extérieur. Ils ont commandé du porc grillé version KFC. Des petits bouts de viandes enrobés de croustillant à tremper dans une sauce aigre-douce gluante piquante à souhait. Et on est là, tous les 5 à grelotter dans le froid, dégustant dans le pot commun. Moi j’ai le nez qui coule à cause du porc trop épicé. On arrose abondamment tout ça de coca. Puis quand il n’y a plus de viande on va acheter des chips pour finir la sauce (attention ici même les chips se mangent avec des baguettes !). Je crois qu’on atteint un sommet dans la catégorie « je suis loin de ma mère, mangeons non équilibré ! ». Je leur raconte que j’ai un examen le lendemain matin. J’ai droit à un autre « Fighting ! ». Puis on rentre pour finir.
Je bâcle la fin et jette l’éponge à 2h30. Ils ont l’air surpris de ma défaite si « rapide ». Je pense à mon examen de macroéconomie qui m’attend. Pour me donner du baume au cœur je m’endors en m’adressant un « Fighting ! ».
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