PP en Corée

PP en Corée

mardi 20 novembre 2007

Premières neiges

Pour contredire ceux qui se disent que je suis en vacances prolongées je vais vous racontez un peu de ma vie quotidienne : la fac, les déprimes, les sorties et compagnie. Partir a de bons côtés : abandonner toute responsabilité, avoir du temps pour lire, écrire, partir en voyage le week-end. Mais au bout d’un moment c’est le grand vide. Plus d’amis pour vous déranger, plus d’emploi du temps surchargé et l’éternité pour se plonger dans l’inactivité. Eh oui, j’ai atteint le point où je me décourage face à toute entreprise mineure : aller à la piscine, prendre le métro pour aller visiter une cathédrale. Un rien me fiche la flemme. Et ça m’inquiète. La vie tranquille du campus, mes 12 heures de cours par semaine ont fini par avoir raison de mon dynamisme. Damned il faut que je me reprenne en main.
Pour vous montrer un peu une semaine type voilà ma courbe de taquet. Pour les non initiés le taquet c’est le dynamisme, la bonne humeur, l’efficacité, la motivation, etc. Le summum du positivisme.


Mode d’emploi : chaque étoile rouge correspond à un évènement marquant. En suivant le récit qui suit vous saurez à quoi elles correspondent. Suivez la courbe en lisant.

Tout a commencé mercredi : examen de macroéconomie () après une très courte nuit. A vrai dire je n’en ai pas beaucoup de souvenir. Je suis partie me recoucher tout de suite après. Quant à la fin de l’après-midi j’en ai un souvenir brumeux de réveil d’une longue sieste. L’apothéose de la journée était sans aucun doute le dîner organisé par le ‘college of engineering’ (). Les profs, employés, étudiants en échange de la fac d’ingénierie et quelques ambassadeurs étaient réunis pour la soirée. Buffet grandiose et animations diverses et variées au programme. Je dois dire que la soirée était assez mythique. C’est un coréen à l’anglais incertain qui animait le dîner. Chaque table constituait une équipe. Ca commençait soft : il fallait répondre à un quiz. Chaque équipe écrivait la réponse sur un tableau veleda qu’il brandissait ensuite. Résultat les équipes copiaient les unes sur les autres, normal ! Seulement il y avait toujours une table trop honnête ou trop effrontée qui marquait une réponse différente. C’est alors que le présentateur leur lançait un « why did you write this answer, look at the others, don’t you feel the atmosphere ? ». Mythique j’vous avais dit. Mais c’était sans compter sur la suite. On a enchaîné par un karaoké géant (les coréens servent le karaoké à toutes les sauces, c’est un de leur truc préféré). Du coup un représentant d’Arabie Saoudite, la cinquantaine, s’est mis à faire un véritable show dansant, chantant à plein poumon pour défendre sa table. Puis sommet du « qu’est-ce que je fous là » on a fait le petit train sur base d’un jeu « pierre – feuille – ciseaux ». Alors on se baladait dans la salle à la queue leu leu. Evidemment les ambassadeurs étaient toujours là…C’est là que le bas blesse. Bon je vous épargne les remarques quasi racistes du présentateur genre « je vous ai vous sur CNN » lancé à un pakistanais barbu ayant un léger air de Ben Laden. On a frisé la crise politique quand il a rembarré un autre pakistanais qui se lançait dans un appel à l’aide concernant l’état d’urgence dans son pays. Puis la classique tombola réconciliatrice. Sur fond de « everybody is happy » scandé par le présentateur qui avait choisi de s’enterrer définitivement. J’ai fait mes comptes en sortant de cette soirée : un T-shirt gagné, un bon de 10,000 KRW pour aller au cinéma, et d’énormes fou rires. Pas mal ! En rentrant je faisais un détour par chez Guillaume, mon maître de Go. J'ai droit à des leçons hebdomadaires. Mais comme j'étais définitivement claquée et que je voyais que j'allais encore perdre, on a interrompu la partie et je suis allée me coucher plus tôt.
Jeudi était la journée du non lieu. Je me prépare à aller en cours. Je suis en retard comme tous les jeudis. Je croise Maxime dans le bus. On va se faire un café – gaufre pour accroître un peu notre retard. C’est indispensable pour bien commencer la journée. J’arrive en cours mais le prof n’y est pas. Cours annulé (). Soit, on va glander. Discussion, déjeuner, café. Puis je me dirige vers le Fanco café, là où j’ai normalement rendez-vous avec mon élève – je lui enseigne le français. Mais il ne vient pas. Je lui demande par texto s’il va venir. J’obtiens pour seul réponse : « f r o i d ». Au jour d’aujourd’hui je n’ai toujours pas réussi à comprendre. J’en suis encore perplexe. Bref, je lézarde au soleil en lisant la suite de mon roman du moment : les aventures d’un journaliste du NY Times qui a parcouru la Corée à pied du Sud au Nord (le Nord du Sud bien sûr). Je rentre, je repars. A 5h : group meeting (). C’est un véritable phénomène sociologique en Corée. C’est la croix et la bannière pour apporter un peu d’efficacité dans ces réunions. Pour vous donner un exemple, la semaine dernière on devait présenter la première partie d’une fausse négociation d’accord de libre échange entre l’Inde et la Corée. On était 5 en tout. Un a réussi à partir à Hong Kong, un autre à avoir un empêchement de dernière minute, une troisième à avoir une rage de dent l’empêchant de parler, et le dernier à ne s’être jamais pointé aux réunions avant le jour J…me laissant seule pour improviser une présentation d’un quart d’heure. Ce jeudi devait être consacré à la préparation de la deuxième partie de la négociation. Je m’étais promis de ne pas réitérer la douloureuse expérience du ‘seul contre tous’. Le tout est de prendre son mal en patience. Au lieu d’essayer de les bouger je les ai laissé se dépatouiller tous seuls. Ils ont simplement une manière différente de fonctionner : c’est important que tout le monde s’exprime, qu’un consensus commun soit trouvé. Du coup ça prend des heures. Heureusement que le canadien de retour d’Hong Kong nous a accéléré tout ça. Puis le soir je suis allée me réconforter avec les frenchies. On avait décidé de faire une cure de mal du pays. Au programme : steak saignant (). Mmmmmmmmmmmmmmmmmmmhhhhhhhhhhhhhhhhh ! Je m’en lèche encore les babines. On est allé dans un resto australien pour ça. Du coup on a même eu droit à la déco à base de boomerang, de peau de croco, de requin blanc gueule béante, de kangourous égarés et de quelques koalas en images.
Vendredi ravioli…si seulement ! Nan, vendredi grasse matinée. Puis ultime group meeting à 1h. Je serre les fesses à 2h30 : c’est l’heure de la présentation finale (). Et je me suis fait refiler le rôle du président de séance pour la fausse négociation. J’ai la veste de tailleur et tout le tralala. Ca va mieux quand c’est terminé. Alors que je prépare à écouter les autres groupes (= à sombrer dans un sommeil profond) Vasek me demande si j’ai des photos du Pérou. Alors je passe les deux heures restantes à parler du Burkina et du pays des Incas (). Je rêve de chaleur, de soleil. Malheureusement je dois remettre mon écharpe et mon manteau avant de sortir. Je finis la journée en apothéose avec une halte dans une boîte de jazz (). Au milieu du quartier des expatriés. C’est très bizarre de voir des coréens débridés jouer du jazz entourés de ricains fumant d’ostensibles cigares. On rentre sur le coup d’1h du mat. Plus de bus. Merde. Je rentre à pied dans le froid. En arrivant Jonathan m’attend sur skype (). Malgré la fatigue j’arrive à aligner deux mots. Et de deux mots en deux mots il est bientôt 6h30 du matin. Oui je sais, ça craint. J’écoute un peu de musique puis m’endors vers 7h.
Samedi…est raccourci. Lever pénible à 16h. A 19h j’ai rendez-vous avec une coréenne du club de cuisine pour une étude biblique décapante (). Ils ne sont que 3 dans le groupe mais n’ont pas la langue dans leur poche. Je savoure ces chrétiens originaux qui voudraient remplacer les corbeaux par des pélicans (longue histoire…). Puis on va dîner. Au menu du ‘odeng’ : des pâtés de poissons que vendent tous les stand de rue. On s’arrête au milieu d’un marché traditionnel dans le meilleur spot du coin : le poisson est rapatrié de Pusan tous les matins, qualité garantie. C’est effectivement bien bon. Je prouve à mes compatriotes que je peux parler 2 mots de coréen puis c’est l’heure de rentrer.
Dimanche grosse flemme. J’abandonne mon idée d’aller à la messe en anglais de l’église catho de Myeongdong (quartier de Séoul). Je reste dormir. Le reste de la journée est consacré aux retraites (). Eh oui, même à l’étranger les problèmes français me rattrapent. C’est le thème de l’exposé que j’ai à préparer pour le cours d’économie coréenne. Etude du cas de la Corée puis comparaison avec la France. Je m’endors à moitié sur les régimes spéciaux puis rejoins Angela vers 8h pour un « crazy burger ». C’est une chaîne de restaurant qui ont des hamburgers faits main et des frites avec des vraies pommes de terre (). Parce que je tiens à signaler que je suis définitivement allergique à la bouffe coréenne. Marre du kimchi, ras le bol des soupes fadasses ! Vers 11h, de retour au bercail, group meeting sur msn. On n’arrête pas le progrès ! Au moins c’est vite emballé et pesé.
Lundi je m’extirpe du lit à 9h pour un cours qui commence…à 9h (). Dur, dur. J’arrive alors que le prof a à peine entamé le vif du sujet. Ca c’est le cours de macroéconomie. Il lui faut toujours un quart d’heure pour résumer ce qu’on a fait la dernière fois. A la sortie du cours je vais me recoucher parce qu’il faut pas abuser. Réveil en sursaut à 1h pour un cours qui commence à…1h (). Argh, c’est pas ma journée. Puis la spirale de la loose continue. Je réalise soudainement que je ne fais plus rien de mon temps, que je n’ai plus envie de sortir, qu’il fait froid. Bref, la déprime pointe son nez. Je m'enfuis au cinéma pour un film Irlandais. Mauvais choix je ne comprends qu'un mot sur deux avec leur accent du feu de Dieu. Mais heureusement la majeure partie du film se déroule en musique puisque le personnage principal est chanteur de rue. Encore une ode à l'amour manqué. Je resombre. Je pleure. Je rentre. Coût de fil hebdomadaire avec ma sœur Amandine sur les coups de 19h (). Elle aussi déprime, c’est pas la joie. En raccrochant je tente le coup du côté de Jonathan qui est redevenu joyeux depuis quelque temps. Mouaif. Je m’endors avec mon mal de vivre. Il neige.
Alors aujourd’hui j’ai décidé de me réveiller du bon pied. Et quand j’aperçois Vasek tout va mieux. Faut dire qu’un sourire d’ogre () ça a de quoi vous redonner la joie de vivre. Alors voilà, je recommence à positiver, j’essaie en tout cas. Il ne me reste plus qu’un mois en Corée alors faut que je profite.

jeudi 15 novembre 2007

Collection automne-hiver


Photo : Michael Schwartz

Que la montagne est belle !

Il est temps de vous racontez mes aventures récentes. Ces deux derniers week-ends ont été pour moi l’occasion d’aller m’aérer à la montagne. Ma première expérience a été « Seoraksan », le parc national le plus réputé de la Corée. J’y suis allée avec mon groupe d’étude biblique, le couple de missionnaires s’en occupant ayant un magnifique appartement au cœur de Seoraksan. Je suis donc partie en voiture le vendredi 2 novembre, de nuit. Il y avait en tout 4 voitures alors on communiquait par talkie-walkie. Mais pour tenir le conducteur éveillé on n’a pas tardé à se lancer dans une compétition de karaoké. Chaque voiture désignait un représentant pour chanter une chanson dans le talkie-walkie. Evidemment les talents étrangers étaient fortement sollicités. On a eu droit à une chanson populaire philippine, à une berceuse russe, à de la pop chinoise et je crois qu’ils ont apprécié ma version des « Champs -Elysées ». Arrivée vers 1h du matin. On transforme le salon de l’appartement en dortoir pour filles. 4 futons et 8 personnes en rang d’oignons. Réveil sur le coup de 5h30.


On part pêcher le saumon. Ou plus exactement on va regarder un pêcheur de saumon. On croise des soldats par dizaine sur la route. Parait qu’on est prêt de la frontière Nord-Coréenne…Le pêcheur en question est un peu le maître des lieux. Barbu, la cinquantaine, il connaît ces montagnes comme sa poche et connaît peut-être encore mieux la migration des saumons dans le bras de rivière qui est sous nos yeux. Je dois dire que je n’ai jamais vu quelqu’un pêcher comme ça…Pas d’appât, simplement l’hameçon et au bout de la ligne un poids en acier. Le pêcheur lance sa canne puis la déplace dans l’eau par des mouvements vifs. Il attrape ainsi tout ce qui est vivant sur le passage. « Robber fishing » comme ils disent. N’empêche qu’il pète sa ligne et qu’on a plus qu’à aller quémander des saumons chez les voisins…On s’en revient avec 3 gros poissons, pas récoltés de façon très glorieuse mais c’est vite oublié.


On se fait le petit déj’ du siècle : croissants, muffins, fruits, saumon tout frais à la poêle, etc. Puis on part se promener, avec un peu de retard, inertie de groupe oblige. Quand je dis « se promener » c’est à la coréenne : avec des arrêts toutes les deux minutes pour prendre des photos de groupe. Je m’énerve un peu intérieurement en gardant un beau sourire pour les photos. De toute façon j’ai décidé de rester un jour de plus pour faire de la vraie randonnée donc je peux bien faire une promenade de santé pour aujourd’hui.


On prend le déjeuner après ces dures heures d’exercice. Je goûte une boisson faite à partir de raisins sauvages de la montagne. Ca a un petit goût de vin, un petit goût de France. Puis l’après-midi c’est beach-volley puisque Seoraksan c’est aussi la mer. Bonne partie de rigolade, tout le monde se lâche, choisit un cri d’équipe ridicule, nickel ! Bientôt c’est l’heure pour l’équipe de repartir. Moi j’ai choisis de marcher un peu dans la montagne le dimanche. Pastor Simon est un peu inquiet en me laissant à l’auberge de jeunesse. Surtout que je lui ai dit que je préférais dormir avec quelqu’un d’autre si c’était moins cher. Je vous rassure finalement j’ai finalement pris l’option « dortoir » mais personne d’autre n’est venu, j’avais simplement une immense chambre pour moi toute seule. Je sors manger un morceau. Dans la mini-ville jouxtant l’auberge on a allumé des brasiers pour faire griller des sardines. Je me régale. Je me couche tôt, prête pour une grosse journée le lendemain. Ce sera ma première expérience de voyage en solitaire. J’ai hâte de voir ce que ça donne. Je quitte l’auberge de jeunesse tôt le matin. Le pêcheur maître des lieux m’a conseillé une rando à Ulsanbawi, un pic rocheux qui nargue la montagne verdoyante…enfin plutôt rougeoyante en cette saison. La marche est sympathique. Je croise plusieurs temples, m’y arrête quelques minutes.


L’ascension du pic en elle-même n’est qu’un immense bouchon humain au milieu d’un escalier en colimaçon à même la roche. Vertigineux ! Au sommet je m’accorde un p’tite sieste. Un groupe de coréen a pitié de ma solitude et me fourni en clémentines. Chouette ! Je suis réveillée par un autre groupe de marcheurs, beaucoup plus bruyant. Ils ne tardent pas à se faire pardonner en m’offrant kaki et re-clémentine. Je suis aux anges et prête à redescendre. Je m’enfile une brochette d’1m50 de long pour me requinquer. Une coréenne me fait un clin d’œil en voyant mon habileté devant ce monstre de viande. Je repars, d’attaque, vers le téléphérique. En haut il faut encore escalader un rocher puis j’ai une vue assez féerique du littoral, des immeubles agglutinés, des montagnes environnantes et des coréens qui se font photographier au sommet. En redescendant j’aperçois une pancarte « Nesquick » (Nesseukouickeu en coréen). J’en crois pas mes yeux, je vais vérifier par moi-même qu’il y a bien du chocolat chaud. J’atterris dans un véritable mausolée à l’alpinisme. Un café sombre, tout en bois avec un poêle au centre. Aux murs sont accrochés de multiples drapeaux : « Sommet x, 1967, club d’alpinisme du coin ». Il y là une armoire entière pleine des carnets de voyages du propriétaire. Dommage ils sont en coréen. Je reste une petite heure à rêver ici. J’ai droit à une double dose de Nesseukouickeu. Puis il est l’heure de rentrer, de prendre le bus pour Séoul. Alors soit retour à la vie « normale ». Finalement c’est sympa de voyager tout seul, on peut se reposer, repartir, s’arrêter quand on veut. Bon faut juste tenir un carnet de route pour ne pas trop avoir l’impression d’être seule à tout jamais !
PS : photos disponibles sur mon album

lundi 12 novembre 2007

Reportage photo

J'ai enfin fait développer mes photos. Vous pouvez aller les voir à cette adresse :
http://picasaweb.google.com/QuiEstCharlie
La qualité n'est pas top mais vous pourrez consulter la version papier à mon retour !

jeudi 8 novembre 2007

DMZ, zone de détente mielleuse ?

Vous n’en croiriez pas vos yeux, la fameuse DMZ, la zone démilitarisée, frontière historique d’avec la Corée du Nord est devenue une réserve naturelle. Une cinquantaine d’année sans exploitation humaine a suffit à la nature pour reprendre ses droits. Et au milieu des oiseaux, de la végétation luxuriante vous pouvez même voir des bus bleus arpenter ce parc. Des foules de touristes accompagnés par des GIs qui se la jouent humoristes. Bon bien sûr il y a quelques règles : pas de mini jupe (ça risquerait de perturber tous ces soldats), pas de photos, pas de doigt pointé. Mais en dehors de ça on peut mettre le pied en Corée du Nord, et y discuter bruyamment en observant les soldats immobiles. Et à deux pas de là il y a un petit village où les fermiers sont devenus richissimes grâce à l’absence de taxation dans la zone. Ils bénéficient du sol le moins pollué de la Corée, sans doute le plus rentable. Pourquoi pas aller s’installer là-bas finalement ? Je ne sais pas si c’est le couvre feu à la tombée de la nuit, les soldats qui garderaient mon champ 24h/24 ou l’interdiction de me marier en dehors de ce patelin qui m’a retenue…Le pire je crois serait de voir mes homologues masculins partir chercher l’âme sœur ailleurs. Parce que, oui, dans ce petit village si mesdames ne sont pas autorisées à aller voir ailleurs, messieurs sont libres de parcourir le monde pour trouver chaussure à leur pied. Passons sur l’injustice…Pour compléter ce tableau de village gaulois installé dans un paradis verdoyant, tous les visiteurs ont droit à la projection d’un film : petite fille la larme à l’œil, musique dramatique et finalement un papillon par-dessus les barbelés qui traverse la frontière. C’est beau ! Le tout sur fond de « la réunification est imminente, la DMZ est le symbole de la paix retrouvée ». Et pour mettre en lumière la nouvelle coopération entre les deux nations on vous montre le nouveau complexe industriel installé tout prêt du « pont de non retour ». Vous savez, là où les coréens ont eu le choix à la fin de la guerre de passer au Sud ou au Nord. Un aller sans retour. Alors voilà, au milieu de ces soldats qui se tournent les pouces 23h/24, observant aux jumelles les montagnes du Nord j’étais à deux doigts de me demander si toute la tension entre le Nord et le Sud s’était finalement apaisée, si la réunification n’était pas pour la semaine prochaine et que personne ne m’avait pas prévenu. Heureusement dans mon groupe un coréen en cours de francophonisation m’a ramené à la réalité. C’est vrai à y regarder de plus près il y avait des barbelés, des pancartes annonçant des champs de mines et un soldat Nord coréen qui m’observait du bout de ses jumelles derrière cette vitre en verre fumé. Mais c’est alors qu’il m’a dit que pendant qu’on gambadait gaiement sur la ligne marquant la frontière des dizaines de soldats étaient planqués dans les buissons ; au cas où un incident surviendrait. Et quant à la réunification, tu peux te brosser Martine, c’est loin d’être à l’ordre du jour. La première chose qu’on apprend au service militaire est une liste des arguments qui justifient cette affirmation : l’ennemi numéro 1 est la Corée du Nord. Prière d’apprendre par cœur. Et en faisant un peu plus attention on peut remarquer que la végétation luxuriante s’arrête nette là où la Corée du Nord commence. La forêt laisse la place à un espace dévasté : plus un seul arbre. Ils ont tous été abattus pour des besoins énergétiques. Et la version nordiste de notre village misogyne de tout à l’heure est vide depuis 2004. Seul subsiste un drapeau lourd de plusieurs centaines de kilos. Faut impressionner l’adversaire ! Bien sûr le poteau qui le soutient est plus haut, de quelques 50m que celui qui lui fait face côté Sud. Autant d’indices qui vous font finalement vous sentir un peu mal à l’aise dans cette zone faussement tranquille, entre propagande et violence non dite, entre soldats qui s’insultent en play-back - interdiction de parler oblige. Et les tunnels qui jalonnent la frontière, autant de tentatives d’infiltration nord-coréenne vous font froid dans le dos, sans compter les cas de kamikazes, de soldats nord-coréens impulsifs et menaçants. Finalement on se dit que les soldats sud-coréens ont raison de se cacher à moitié derrière leurs baraquements, histoire de préserver la moitié de leur corps en cas d’attaque surprise. Mais quand même, quand on voit ces pantins immobiles durant des heures entières, scrutant un je ne sais quoi invisible, on se demande pourquoi des gens choisissent de s’enrôler dans l’armée. Chapeau les mecs !