Après deux jours d’excursions au cœur du territoire coréen il était temps de prendre le large. Coup de téléphone du gérant de l’auberge, la météo est clémente, un ferry sera affrété le lendemain matin pour l’île d’Ulleng. Pour les non initiés c’est un morceau de terre quelque part sur la mer du Japon - que les coréens ont bien entendu renommé mer de l’est ! Le lendemain notre folle équipée est donc sur le pied de guerre, face à la passerelle d’embarquement 10 bonnes minutes avant le départ – ô miracle – sans ticket – fallait pas trop en demander. Trouver des places pour ce trajet aller n’est pas un soucis. Quant au fait de revenir de cette île de robinson on nous assure qu’il y a encore « plenty of available seats » mais qu’il faut acheter son billet retour sur l’île. Tu parles ! La traversée est magique (tant que le roulis est encore berçant). Abandonnant leurs sièges assignés, les familles coréennes déploient des couvertures, des papiers journaux ou des manteaux pour s’allonger ou s’asseoir en tailleur à même le sol. C’est vrai après tout pourquoi se forcer à rester dans un fauteuil moelleux ?! Quand le bateau s’arrête je ne suis pas mécontente de toucher la terre ferme. Trois heures de traversée à l’aveugle ça a de quoi vous chatouiller les tripes et notre esquive n’est pas comparable à ces énormes paquebots corses. Notre première rencontre fut sans doute la meilleure, c’est celle d’un guide à tout faire. Notre entremetteuse est une dame obstinée derrière son guichet de l’office du tourisme. Bien sûr elle ne parle pas anglais – quelle utilité quand on est en charge du tourisme après tout ?…c’est alors que le coup de baguette magique est donné à travers son combiné. C’est la fée de l’île au bout du fil : un coréen d’une quarantaine d’année qui prend soin de tous les étrangers. Il ne sait plus où donner de la tête mais nous consacre du temps pour nous trouver un hôtel, nous indiquer les meilleures ballades et nous laisser entre les mains d’une teneuse de restaurant. C’est que l’aventure ça creuse ! Mais dans l’intervalle on n’a toujours pas de billet de retour pour la terre ferme. On a bien essayé mais on a eu en réponse un baragouin coréen dont on ne sait trop que penser. On appelle fée clochette à la rescousse. Le mode d’emploi est assez simple : aller à la guitoune du tourisme, dame sourire décroche le combiné et en trois coups de baguette magique, fée clochette apparaît. Toujours d’un côté différent et jamais après plus de 10 secondes d’attente. Ce type est toujours une énigme à l’heure actuelle…La conclusion de l’affaire est qu’il ne reste plus de siège libre pour rentrer. En tout cas ni pour le lendemain ni pour le surlendemain. C’est pas que j’ai une dent contre les îles désertes mais il va falloir qu’on rentre à l’université un de ces quatre. En attendant on prend notre mal en patience, on longe la côte jusqu’au phare traversant vaillamment une forêt de bambou. Guillaume veut absolument manger du poulpe grillé. Il faut dire que c’est la spécialité de l’île. Vous visualisez ces fils à linge tendant en travers des rues dans le midi ? Eh bien sur Ulleungdo ils ont remplacé les vêtements par du poulpe. Heureusement je parviens à modérer les envies culinaires de Guillaume pour ce soir…ouf !
Deuxième jour sur l’île, toujours pas de billet de retour en vue. Tous les jours on doit aller vérifier à 8h du matin si un bateau miracle n’est pas affrété, on nous a dit que ça arrivait. Mais quand à savoir à quelle fréquence, pour quels motifs, ça on se garde bien de nous le dire. Après notre pèlerinage au terminal de ferry on s’attaque donc au pic de l’île qui était tout de même le but de notre périple. Un bus nous emmène au nord de l’île et nous profitons des falaises plongeant dans la mer. Un ersatz d’Etretat ! Le départ de la randonnée se fait dans un large cratère, le seul endroit plat d’Ulleungdo. Le panorama au sommet est finalement assez limité, j’ai même du mal à distinguer mes compatriotes avec le brouillard. 300 jours de brume par an pour le point culminant de cette île volcanique. On est dans la moyenne ! La soirée nous réserve bien des surprises ! Notre hôtel est en fait une chambre qu’on loue à une famille qui habite l’étage d’en dessous. Et on est mardi : le jour de Chuseok. L’appartement est donc vide, tout le monde est parti fêter Thanksgiving en famille. Le hic c’est qu’à 11h du soir on s’aperçoit que la porte de notre chambre ne s’ouvre plus. A ce moment là moi et Vincent sommes bloqués à l’intérieur, et Guillaume s’inquiète à l’extérieur…en pyjama. Premier réflexe : on cherche le numéro de téléphone du gérant. Personne ne répond. Guillaume se dévoue pour aller voir si le proprio n’est pas plus bas dans les étages. Il revient penaud de son excursion. Il se décide alors pour sortir dans la rue en quête de n’importe qui. N’importe qui et ce fut un pêcheur retraité (on est pas aux Champs-Élysées) vêtu d’un treillis militaire, il a visiblement trop bu. Je vous rappelle qu’à ce stade de l’histoire Guillaume est toujours en pyjama au beau milieu de la rue. Notre pêcheur ne tarde pas à devenir quelque peu belliqueux. Alors sir guillaume ne sachant plus que faire pour éviter la baston prend les jambes à son coup. Il fait le tour du pâté de maison le plus vite qu’il peut, rentre dans notre immeuble et s’enferme à double tour. J’attrape le fou rire, c’est irrésistible. En attendant le gérant m’a rappelé. Il ne parle pas bien l’anglais et n’a rien compris à mon problème mais il arrive. Sauf qu’il tombe sur une porte close puisque Guillaume l’affolé est passé par là. Une ouverture de porte plus tard le proprio constate les dégâts : le mécanisme de la poignée a bel et bien un problème. On a bien essayé quelques trucs : resserrer les vis avec un petit ciseau, faire le coup du cambrioleur et de la carte bleue, mais rien n’y a fait. Alors le gérant monte sur le toit et rentre dans notre donjon par la fenêtre, armé d’un tournevis. Ce n’est pas encore le moment de délivrer la princesse alors la tentative échoue. Il appelle son pote ingénieur qui rapplique 5 minutes plus tard. Que font tous ces gens disponibles un jour férié à 11h du soir ?! Manifestement la ruse n’est pas le passe-temps préféré de notre ingénieur. J’entends ce que je suppose être quelques jurons puis il entame la poignée à grand coup de je-ne-saurais-jamais-quoi-puisque-j’étais-du-mauvais-côté-de-la-porte. Je suis tout de même rassurée de voir cette porte s’ouvrir. Le proprio se confond en excuses. Je m’endors le sourire aux lèvres…Sacré Ulleungdo !
Troisième jour, toujours pas de bateau en vue. La vendeuse d’une des compagnies maritime commence à avoir pitié de moi à me voir revenir tous les jours lui demander un billet. Elle me propose de revenir 10 minutes avant le départ du bateau puis d’aviser. On commence à échafauder des plans. Vincent se dévoue pour fondre en larmes et prétendre qu’il a des examens à l’université jeudi pour qu’on puisse rentrer. Finalement la crise se résout comme s’il n’y en avait jamais eu. En arrivant au guichet de la deuxième compagnie la dame nous vend des tickets sans demander son reste. On accepte ce don du ciel. Pour fêter tout ça on part se promener à la cascade du centre de l’île. On fait un crochet par la deuxième cité de l’île. C’est là où la majorité des bateaux de pêche sont amarrés. Ils sont décorés de guirlande d’ampoules, habillés pour leur sorties nocturnes. Ca sent le poulpe séché à plein nez et on ne tarde pas à découvrir des champs de poulpe en cours de déshydratation. Mais bientôt il est l’heure d’entamer notre retour vers la capitale. Dommage, je m’étais attachée à cette île de pêcheurs, pleine de coréens bagarreurs, de galères sans noms mais tranquille en fin de compte. Nous avions réussi à échapper au poulpe séché jusque là mais sur le bateau une coréenne pensant bien faire nous en offre un…comment refuser ?! Guillaume se sacrifie pendant que Vincent et moi faisons de grands efforts pour ne pas pouffer. Bientôt il le mastique gaiement comme tous les gamins de l’île. Chapeau ! Ca ne l’aura pas empêché de s’en débarrassé à la première occasion…Nous atteignons enfin la terre ferme. La mission suivante est de trouver un bus pour Séoul le jour de l’année où le trafic est le plus noir. On n’a essuyé qu’un seul échec, on s’améliore. On aperçoit les premières lumières de la capitale vers 1h du matin. Je me sens revenir à la maison, c’est étrange. Comme dans tout jeu vidéo qui se respecte avec son lot d’énigmes, d’embuscades, d’astuces à trouver nous attendions avec réticence le « boss de la fin », le grand méchant imbattable. Mais de façon surprenante nous avons rejoint la résidence sans encombre. Au revoir et à bientôt pour de nouvelles aventures !
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2 commentaires:
la dernière histoire a animé agréablement les heures de bureau, je n'ai pas pu résister au plaisir de lire de bonnes feuilles à Caroline et nous avons rit à en perdre haleine !
pou moi ça ressemble plus à un carnets de voyage^des temps modernes qu'à un jeu vidéo, même si je ne suis pas à l'intérieur de la boîte pour observer le dénouement
(donc point de vue forcément détaché)!!
c'est toujours autant chouette de goûter à tes aventures en retransmission texto-visuelle!!!!
ciao
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