On part pêcher le saumon. Ou plus exactement on va regarder un pêcheur de saumon. On croise des soldats par dizaine sur la route. Parait qu’on est prêt de la frontière Nord-Coréenne…Le pêcheur en question est un peu le maître des lieux. Barbu, la cinquantaine, il connaît ces montagnes comme sa poche et connaît peut-être encore mieux la migration des saumons dans le bras de rivière qui est sous nos yeux. Je dois dire que je n’ai jamais vu quelqu’un pêcher comme ça…Pas d’appât, simplement l’hameçon et au bout de la ligne un poids en acier. Le pêcheur lance sa canne puis la déplace dans l’eau par des mouvements vifs. Il attrape ainsi tout ce qui est vivant sur le passage. « Robber fishing » comme ils disent. N’empêche qu’il pète sa ligne et qu’on a plus qu’à aller quémander des saumons chez les voisins…On s’en revient avec 3 gros poissons, pas récoltés de façon très glorieuse mais c’est vite oublié.
On se fait le petit déj’ du siècle : croissants, muffins, fruits, saumon tout frais à la poêle, etc. Puis on part se promener, avec un peu de retard, inertie de groupe oblige. Quand je dis « se promener » c’est à la coréenne : avec des arrêts toutes les deux minutes pour prendre des photos de groupe. Je m’énerve un peu intérieurement en gardant un beau sourire pour les photos. De toute façon j’ai décidé de rester un jour de plus pour faire de la vraie randonnée donc je peux bien faire une promenade de santé pour aujourd’hui.
On prend le déjeuner après ces dures heures d’exercice. Je goûte une boisson faite à partir de raisins sauvages de la montagne. Ca a un petit goût de vin, un petit goût de France. Puis l’après-midi c’est beach-volley puisque Seoraksan c’est aussi la mer. Bonne partie de rigolade, tout le monde se lâche, choisit un cri d’équipe ridicule, nickel ! Bientôt c’est l’heure pour l’équipe de repartir. Moi j’ai choisis de marcher un peu dans la montagne le dimanche. Pastor Simon est un peu inquiet en me laissant à l’auberge de jeunesse. Surtout que je lui ai dit que je préférais dormir avec quelqu’un d’autre si c’était moins cher. Je vous rassure finalement j’ai finalement pris l’option « dortoir » mais personne d’autre n’est venu, j’avais simplement une immense chambre pour moi toute seule. Je sors manger un morceau. Dans la mini-ville jouxtant l’auberge on a allumé des brasiers pour faire griller des sardines. Je me régale. Je me couche tôt, prête pour une grosse journée le lendemain. Ce sera ma première expérience de voyage en solitaire. J’ai hâte de voir ce que ça donne. Je quitte l’auberge de jeunesse tôt le matin. Le pêcheur maître des lieux m’a conseillé une rando à Ulsanbawi, un pic rocheux qui nargue la montagne verdoyante…enfin plutôt rougeoyante en cette saison. La marche est sympathique. Je croise plusieurs temples, m’y arrête quelques minutes.
L’ascension du pic en elle-même n’est qu’un immense bouchon humain au milieu d’un escalier en colimaçon à même la roche. Vertigineux ! Au sommet je m’accorde un p’tite sieste. Un groupe de coréen a pitié de ma solitude et me fourni en clémentines. Chouette ! Je suis réveillée par un autre groupe de marcheurs, beaucoup plus bruyant. Ils ne tardent pas à se faire pardonner en m’offrant kaki et re-clémentine. Je suis aux anges et prête à redescendre. Je m’enfile une brochette d’1m50 de long pour me requinquer. Une coréenne me fait un clin d’œil en voyant mon habileté devant ce monstre de viande. Je repars, d’attaque, vers le téléphérique. En haut il faut encore escalader un rocher puis j’ai une vue assez féerique du littoral, des immeubles agglutinés, des montagnes environnantes et des coréens qui se font photographier au sommet. En redescendant j’aperçois une pancarte « Nesquick » (Nesseukouickeu en coréen). J’en crois pas mes yeux, je vais vérifier par moi-même qu’il y a bien du chocolat chaud. J’atterris dans un véritable mausolée à l’alpinisme. Un café sombre, tout en bois avec un poêle au centre. Aux murs sont accrochés de multiples drapeaux : « Sommet x, 1967, club d’alpinisme du coin ». Il y là une armoire entière pleine des carnets de voyages du propriétaire. Dommage ils sont en coréen. Je reste une petite heure à rêver ici. J’ai droit à une double dose de Nesseukouickeu. Puis il est l’heure de rentrer, de prendre le bus pour Séoul. Alors soit retour à la vie « normale ». Finalement c’est sympa de voyager tout seul, on peut se reposer, repartir, s’arrêter quand on veut. Bon faut juste tenir un carnet de route pour ne pas trop avoir l’impression d’être seule à tout jamais !
PS : photos disponibles sur mon album
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire